L’adolescence, c’est la période de transformation du corps et d’affirmation de sa personnalité, c’est un âge où l’on a encore un pied dans l’enfance et l’autre dans le monde adulte. Cette période est souvent difficile à vivre et ce d’autant plus qu’on est différent ! Malgré la muco, je n’ai pas détesté mon adolescence, il y a même une chose fondamentale de cette période que je regrette : l’insouciance.
Jamais durant cette période, je n’ai eu peur de mourir, jamais je ne me suis réveillée la nuit en ayant l’impression d’étouffer, jamais je n’ai eu de pensées noires. A cette époque, je me voyais mère d’une tripotée d’enfants, et grand-mère active emmenant sa tribu de petits enfants à la mer. Je n’avais aucune honte de mes perfusions, tous les élèves de ma classe avaient vu les " tuyaux " sous la manche de mon pull. J’expliquais à qui voulait l’entendre que j’avais des traitements, une grave maladie … J’en tirais presque une fierté !...
C’est cette insouciance disparue à jamais qui me manque le plus. Je n’avais aucune conscience de ce que réservait cette maladie. C’est en fait une hémoptysie déclenchée le soir de mon concours de médecine qui m’a jetée dans la réalité. Après cet épisode paniquant, rien n’avait vraiment changé et pourtant plus rien n’était comme avant. Cette insouciance, je la devais en partie à mes parents qui ne m’avaient jamais enfermée dans une ‘bulle’ afin de me protéger. Ils m’en ont autant demandé qu’à mes frères, ma maladie n’était pas une excuse, je devais travailler, avoir un métier, c’était une évidence. J’avais donc la même vie que mes copines avec en plus des traitements.
On a découvert ma muco à l’age de 13 ans ; le même mois, mes parents divorçaient ; ceci explique peut-être pourquoi ils n’ont pas eu d’attitude de surprotection. Dans tous les cas, ce fut pour moi une libération de savoir enfin de quel mal j’étais atteinte. Ainsi, l’insouciance fut la version sympathique de mon adolescence, et même si la maladie n’était pour moi qu’un détail, je n’ai aucune nostalgie de cette période. J’étais en fait mal dans ma peau. Je ne grandissais pas, mon corps ne se transformait pas. Je rêvais de parler avec mes copines de taille de bonnet, de tour de poitrine, de mal au ventre durant les règles, de serviettes hygiéniques ! Je rêvais d’histoires d’amour mais je n’osais pas flirter.
Comment ce physique de gamine pouvait intéresser un beau mec, me disais-je. Je rougissais à tout bout de champs. J’étais incapable de demander, ne serait-ce qu’un stylo ou une feuille à un garçon sans être rouge pivoine, sans que mon cœur ne s’emballe. En seconde, j’ai souffert d’aspergillose pulmonaire, un traitement durant 6 mois (antifongiques et corticoïdes) m’a remise d’aplomb, je me suis mise à manger avec beaucoup plus d’appétit, j’ai enfin grossi. Mes règles sont enfin arrivées, c’était un 8 décembre, je m’en souviendrais longtemps.
Quelques semaines après ma rentrée en première, ma mère m’a acheté mon premier soutien-gorge : 85b : le bonheur ! Huit mois plus tard, en mai, je sortais enfin avec mon premier copain et cet été là, j’ai pris 8 kilos, un bonnet de plus soit 85c, de quoi aborder la terminale avec, selon moi, tout le matériel nécessaire pour réussir son année scolaire ! Voici le programme des évènements : - vendredi 13 septembre : je casse avec mon premier flirt ; il avait eu honte de mes perfusions ! - vendredi 20 septembre : je rencontre Gilles, une belle histoire d’amour avec le " branleur " de la classe, quelle réussite ! - début décembre : histoire trop compliquée, j’y mets fin. - vendredi 13 décembre : je tombe dans les bras du gars le plus " inaccessible " de la terminale C. Il était grand, il était beau, il inspirait le respect. Toutes les filles semblaient sous son charme. C’était un dieu au billard et en rock n’en parlons même pas ! Ce fameux soir, il m’a fait danser, m’a embrassée, enlacée, je n’étais plus seule, il allait me protéger. 7 ans plus tard, nous nous sommes mariés, nous avons eu un petit garçon. Avec lui mon adolescence a pris fin, j’ai gagné beaucoup de confiance en moi. De 85 c, j’ai même frôlé les 85 d, il m’appelait Marylin, le bonheur était total !